Stop aux transports pendant la canicule : lettre ouverte du Parti animaliste à Didier Guillaume
23 juillet 2019

— Communiqué de presse —

Aïd el-Kébir, les animaux une fois de plus victimes des traditions

 

En France, l’étourdissement préalable d’un animal est obligatoire avant sa mise à mort, et ce, afin de le rendre inconscient et donc insensible à la douleur. L’abattage sans étourdissement est cependant admis par dérogation dans certains cas comme l’abattage rituel, malgré une résolution adoptée le 14 février 2019 par le Parlement européen pour que les animaux soient étourdis « sans exception avant l’abattage rituel religieux dans tous les États membres ».

Comme chaque année, environ 200 000 ovins et 5 500 bovins seront donc abattus sans insensibilisation, selon le rite halal. En outre, selon les ventes officielles de moutons à des particuliers, il y aurait environ 80 000 animaux abattus illégalement d’après l’association OABA. Dans le cas de l’abattage clandestin, d’une part la dérogation ne s’applique plus, et d’autre part la mise en place de précautions visant à limiter la douleur et la souffrance supplémentaire occasionnée par la non-insensibilisation est hypothétique (immobilisation dans une berce agréée avant mise à mort, interdiction de suspension d’un animal conscient, immobilisation préalable avant la saignée).

 

Sacrifier un animal pour l’Aïd ne fait pas consensus au sein de la communauté musulmane


Si l’obligation de venir en aide aux plus pauvres lors de cette fête fait l’objet d’un consensus, le fait de devoir sacrifier un animal est lui plus contesté. Selon Omero Marongiu-Perria, sociologue et musulman engagé, une partie des musulmans critique les conditions dans lesquelles les animaux sont abattus, notamment dans les abattoirs temporaires agréés, installés pour ce week-end en plus des abattoirs existants (1).

Des projets ont même vu le jour pour proposer une alternative à ce sacrifice en faisant à la place un don aux personnes qui en ont besoin, tel que celui porté par l’association Fêtes Solidaires ACASA, Une Maison pour l’Aïd, qui a ainsi permis de loger une famille sans abri (2). L’ACASA explique en détail, textes religieux à l’appui, le caractère non obligatoire du sacrifice animal pour l’Aïd (3). Le Parti animaliste s’associe bien sûr pleinement à cette alternative favorable aux humains et aux animaux.


Au-delà de l’Aïd, l’abattage sans insensibilisation est-il encore acceptable ?

En 1964, la France a reconnu les souffrances supplémentaires infligées par l’abattage sans étourdissement et a traduit cette reconnaissance par un décret rendant obligatoire l’étourdissement des animaux avant leur mise à mort afin de limiter la souffrance pendant la saignée. L’étourdissement provoque en effet une perte de conscience des animaux qui ne ressentent alors plus le stress ni la douleur, la saignée ne doit être pratiquée que lorsque l’animal est inconscient.

Des preuves scientifiques indiquent que l’abattage sans étourdissement est responsable de souffrances extrêmes : la contention de l’animal retourné sur le dos, avec le blocage de la tête, est source d’un stress important et de difficultés respiratoires. La section du cou (jugulation), bien plus importante qu’avec la saignée conventionnelle, est suivie d’une agonie douloureuse pendant plusieurs minutes, en particulier chez les bovins, ce qui a conduit à une prise de position d’instances vétérinaires françaises et européennes en faveur de l’insensibilisation afin d’éviter des souffrances supplémentaires (4).

Par ailleurs, cette dérogation favorise le détournement de la loi qui pose comme principe une obligation d’étourdissement préalable sauf dérogation notamment à des fins rituelles : « Du point de vue économique, l’égorgement à vif des animaux de boucherie coûte moins cher qu’un abattage avec étourdissement préalable. Compte tenu des possibilités de dérogation, de nombreux industriels se sont donc engouffrés dans la brèche, au point que, selon diverses études, les deux tiers des animaux égorgés à vif n’étaient pas réellement consommés en tant que viande casher ou halal. La revue 60 Millions de Consommateurs, dans son hors-série de novembre 2018, indiquait que 40 % des abattages de bovins et 60 % des abattages d’ovins étaient effectués par égorgement à vif. Cela confirme l’ampleur des abus, car ces chiffres correspondent à deux ou trois fois la viande réellement vendue comme casher ou halal » (5).

 

Le plus grand pays musulman, l’Indonésie, a adopté la pratique de l’étourdissement


Si 15 pays européens reconnaissent d’ores et déjà cette évidence (6) en exigeant une insensibilisation des animaux, des pays musulmans, et non des moindres, la reconnaissent également, notamment l’Indonésie, premier pays musulman au monde.

En France, Dalil Boubakeur, le recteur de la grande mosquée de Paris, et ancien président du Conseil français du culte musulman, n’est pas opposé à l’étourdissement préalable avant l’abattage. Il se prononce en faveur de l’électronarcose, procédé qui provoque l’étourdissement (réversible) de l’animal (7). Pour Liliane Vana, docteur ès sciences des religions et spécialiste en droit hébraïque, « la défense de l’abattage rituel juif n’exclut pas les nouvelles réflexions sur la souffrance animale ». L’étourdissement post-jugulation lui apparaît comme un compromis acceptable (8).

Les intérêts financiers et les traditions ne doivent pas prévaloir sur les intérêts des animaux. C’est pourquoi le Parti animaliste porte dans son programme l’interdiction de l’abattage sans étourdissement, et demande par conséquent au Chef de l’État et à son gouvernement de tenir compte des avancées scientifiques et sociétales et d’interdire tout abattage sans étourdissement qu’il soit à des fins rituelles ou non.

 
(1) La Croix, 21/08/2018
(2) https://www.facebook.com/watch/?v=486560875505587
(3) https://www.facebook.com/l214.animaux/videos/1753130284735019/
(4) SNVEL, motion adoptée à Bordeaux le 15 octobre 2010. CNOV, colloque « Vétérinaire, professionnel garant du bien-être animal », 24 novembre 2015. Fédération Vétérinaire Européenne, Avis 2002/104 et 2006/033 adopté le 25 octobre 2007.
(5) https://www.senat.fr/leg/ppl18-284.html
(6) Islande, Suède, Norvège, Finlande, Danemark, Suisse, Wallonie, Flandre, Liechtenstein, Luxembourg, Autriche, Grèce, Slovaquie, Estonie, Lettonie.
(7) http://www.lcp.fr/actualites/entre-traditions-et-bien-etre-animal-les-responsables-des-cultes-evoquent-labattage
(8) http://www.fondation-droit-animal.org/101-colloque-labattage-sans-etourdissement/


 
 
Paris, le 11 août 2019